Pourquoi le prix de l’essence remonte quand le pétrole ravive l’inflation

Publié le par Mathieu ARGAUD-YVES

Le prix de l’essence ne suit jamais une ligne droite. Mais depuis le 15 mai, un signal domine nettement : le pétrole redevient un facteur d’inflation. Et ce retour change la lecture du marché. Plusieurs publications financières évoquent en même temps un Brent repassé au-dessus de 107, puis 108 et 109 dollars, notamment chez Le Figaro Bourse, ABC Bourse, Fortuneo et Orange Actu. Quand le baril repart ainsi, la pompe finit souvent par suivre avec quelques jours ou quelques semaines de décalage.

La raison est simple. Le carburant vendu en France reste directement lié au coût du pétrole brut, puis au prix de raffinage, au transport, à la distribution et à la fiscalité. Quand le marché pétrolier estime que le brut va rester cher, les cotations de gros de l’essence et du gazole remontent. Ensuite, cette tension se diffuse dans les réseaux de stations-service. Le mouvement n’est pas instantané, mais il commence presque toujours en amont, bien avant d’apparaître sur les totems des stations.

Cette fois, la hausse du pétrole ne repose pas sur une seule explication. D’abord, les tensions géopolitiques restent fortes au Moyen-Orient. Prix du baril souligne l’absence d’avancée diplomatique entre Washington et Téhéran, tandis que La Montagne résume le même constat : aucun retour à la normale ne se dessine. Dans ce contexte, le marché ajoute une prime de risque au prix du brut. Plus l’incertitude dure, plus cette prime peut rester intégrée dans les cours.

Ensuite, le détroit d’Ormuz revient au centre des inquiétudes. ABC Bourse évoque une crise d’Ormuz qui fait monter à la fois le pétrole et les taux. C’est logique : ce passage maritime est vital pour une partie du commerce mondial d’hydrocarbures. Dès que les opérateurs redoutent une perturbation, même temporaire, ils anticipent des tensions d’approvisionnement. Et même sans pénurie réelle, la crainte suffit à pousser les prix. Cette mécanique de marché ressemble à celle que nous détaillions déjà dans peur d’une pénurie.

Troisième facteur de soutien : la baisse des stocks mondiaux. Le Cercle de l’Épargne relaie les données de l’AIE sur une contraction rapide des réserves, tandis que L’Energeek décrit une phase critique inédite. Or des stocks plus faibles signifient un marché moins capable d’absorber un choc. Quand les réserves fondent, le moindre incident logistique, diplomatique ou militaire pèse davantage sur les prix. C’est aussi ce que nous expliquions dans notre analyse sur la chute des stocks.

À cela s’ajoute la crainte de nouvelles pertes d’offre sur le marché mondial. L’Agefi met en avant l’impact du conflit en Iran sur les volumes disponibles d’ici fin mai. De son côté, Révolution Permanente rappelle qu’un pétrole durablement installé autour de 100 dollars pèserait sur la croissance mondiale. Enfin, Prix du baril rapporte les demandes de durcissement des sanctions visant le pétrole russe. Pour les marchés, le raisonnement est toujours le même : moins de barils disponibles ou potentiellement disponibles signifie un prix du brut plus élevé.

Ce qui change vraiment aujourd’hui, c’est donc la combinaison entre pétrole cher et retour des craintes inflationnistes. ABC Bourse note explicitement que la hausse du pétrole ravive les peurs d’inflation. Investir évoque lui aussi un retour de l’inflation, dans un contexte où les majors pétrolières profitent de la fermeté du Brent. Pour l’automobiliste, la conséquence est claire : quand le pétrole redevient inflationniste, une baisse durable des carburants devient beaucoup plus difficile à obtenir.

Le prix de l’essence peut-il malgré tout reculer ? Oui, mais à condition que plusieurs tensions se détendent en même temps. Il faudrait un signal diplomatique crédible, une baisse de la prime de risque géopolitique et une amélioration de la perception sur l’offre mondiale. Tant que l’impasse avec Téhéran dure, que les stocks se réduisent et que le Brent reste au-dessus de 107 dollars, le marché conserve un biais haussier. Prix du baril parle d’ailleurs d’un pétrole prudent, ce qui traduit bien un marché nerveux, sensible à la moindre alerte.

En pratique, le conducteur français doit surtout surveiller trois indicateurs. D’abord le Brent, parce qu’il donne le ton du marché international. Ensuite les stocks mondiaux, car ils montrent si le système dispose encore d’un coussin de sécurité. Enfin la situation géopolitique autour du Moyen-Orient et des exportations russes, qui peut accélérer ou freiner la tension. Ces trois repères envoient actuellement le même message : le prix de l’essence risque de rester sous pression à court terme.

Il faut enfin garder une nuance importante. Toutes les stations ne répercutent pas les variations au même rythme. Les relevés locaux publiés par Le Populaire ou La République du Centre montrent souvent des écarts sensibles d’un point de vente à l’autre. Mais la tendance de fond dépend bien du pétrole. Et pour l’instant, ce pétrole envoie un message assez clair : risque élevé, inflation de retour et détente encore absente. C’est exactement le type de configuration qui pousse l’essence vers le haut, ou au minimum empêche une vraie baisse à la pompe.